Le musée de la corderie Vallois : retour au temps de la Révolution industrielle

Par Laurent Ridel • 23 avr, 2012 • Catégorie: Histoires de lieux
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Installé près de Rouen, ce musée établi dans une ancienne corderie permet de s’immerger dans le fonctionnement d’une usine au XIXe siècle et d’appréhender les conditions de travail qui y régnaient.

Dans la vallée du Cailly, court affluent de la Seine, sommeillent plusieurs grands bâtiments à l’abandon. Ce sont autant de témoins déchus de l’industrie textile qui animait la région au XIXe et parfois jusqu’au XXe siècle. Autrefois, ils étaient des filatures, des teintureries, des blanchisseries ou des indienneries. Parmi eux, un bâtiment a droit à une seconde vie : la corderie Vallois. Fermée en 1978, elle a été rachetée puis réhabilitée par le Conseil général de Seine-Maritime pour en faire un musée.

corderie vallois

A l’origine filature de coton, la corderie Vallois constitue un bâtiment exceptionnel. Non pas à cause de sa taille (l’entreprise était petite) mais plutôt à cause de ses matériaux de construction et de son fonctionnement. Alors que traditionnellement les usines de la Révolution industrielle sont en brique, la corderie présentent des murs à pan de bois. Cependant, le plus étonnant, ce sont les machines, encore conservées à l’intérieur, qui fonctionnent par la force hydraulique du Cailly. A partir des années 1820, se produisit une « ruée vers l’eau » dans toutes les vallées haut-normandes. Des entrepreneurs achetèrent des moulins équipés de roues à aubes dans le but d’en faire des manufactures. Dans la vallée du Cailly, on travailla surtout le coton, importé des colonies par la Seine puis distribué dans les usines par le chemin de fer. A son apogée, environ cent usines s’égrainaient le long des vingt-cinq kilomètres de la rivière. La vapeur remplaça la force hydraulique, sauf dans la corderie qui resta mue jusqu’à sa fermeture par sa grande roue à aubes.

A l’intérieur, la roue entraînait, par l’intermédiaire d’engrenages et de courroies, des dizaines de machines qui fabriquaient de la corde. Elles fonctionnent encore ; les guides du musée s’amusent à les mettre en route pour les visiteurs. Leur bruit cumulé dépasse les cent décibels. Dans cette ambiance sonore, on ne s’entend pas. A cette gêne, il faut ajouter que la fabrication des cordes produisait de la poussière de coton rendant l’air difficilement respirable. D’autant plus que les grandes vitres, nécessaires à l’éclairage correcte des ateliers, transformaient en été l’intérieur en fournaise. Ce sont essentiellement des femmes qui supportaient ces conditions de travail, la corderie Vallois, comme les autres entreprises textiles, recrutant en priorité de la main d’œuvre féminine. Ce n’est pas vraiment que les patrons recherchaient la dextérité des femmes ; ils voyaient surtout qu’on pouvait les payer bien moins que les hommes. De plus, le salaire n’était pas fixe mais dépendait du rendement.

Témoin de la Révolution industrielle qui fit de la Normandie l’une des premières régions textiles de France, le musée de la corderie Vallois donne un aperçu du travail effectué au XIXe siècle par des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants.

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