Quand les loups effrayaient la Normandie

Autrefois, les loups ne se cantonnaient pas aux régions montagneuses. Les Normands ont dû véritablement leur déclarer la guerre. A la fois menace pour le bétail et pour les humains, l’animal sauvage fit figure d’ennemi public n°1 dans les campagnes. Après une chasse systématique, la Normandie ne fut libérée du danger qu’à la fin du XIXe siècle.  

En 1888, dans la forêt d’Ecouves (Orne), une louve de 40 kg est prise. C’est le dernier loup officiellement tué en Normandie. Il est vrai qu’à cette date, le grand méchant prédateur faisait beaucoup moins peur. Depuis les années 1770, les mentions de l’animal étaient devenues anecdotiques et ses rares attaques ciblaient exceptionnellement les humains.

Loup dévorant une brebis

Les loups pouvaient être anthropophages, l’historien Jean-Marc Moriceau a comptabilisé au moins 3000 actes de décès en France liés à l’animal.  Mais leurs attaques concernaient surtout le bétail. Jacques-Raymond Brascassat (1804 – 1867),
Loup dévorant une brebis (détail, musée du Louvre).

Toutefois, pendant des milliers d’années, le loup a trouvé sa place en Normandie. En témoignent les noms de villes ou villages (Chanteloup, et ses variantes Canteloup ou Canteleu) et de lieux-dits en forêt (« la fosse au loup », qui rappelle la présence d’un piège). Loin d’être une légende destinée à effrayer les enfants, le loup fut une menace quotidienne pour les Normands. En 1725, une quinzaine de voituriers de Champsecret (Orne) se rendent chez le notaire. Ils souscrivent un contrat d’assurance pour se prémunir des attaques de loups contre leurs chevaux. En dehors des animaux, les victimes du prédateur étaient de préférence les enfants en raison de leur faiblesse et de leur activité risquée : c’était eux qui emmenaient et gardaient les troupeaux à l’orée des bois. A l’image du Gévaudan, la Normandie  eut ses « bêtes », celle d’Évreux ou celle du Cinglais qui frappèrent dans les années 1630. En 1770, un garde-chasse de Franqueville-Saint-Pierre abattit un spécimen « d’une grandeur extraordinaire ». Le subdélégué de l’intendant de Caen estima que l’animal méritait un empaillement d’autant que les « naturalistes » qui l’avaient observé hésitaient à le définir comme un loup normal.

Après la Révolution, le loup ne put lutter face à l’homme. Le port d’armes s’était démocratisé et les fusils, plus précis et plus rapide, firent mouche plus souvent. En 1859, à la nouvelle de deux moutons  « dérobés » par un loup pendant la nuit, le maire de Blangy-le-Château (Calvados) organisa une battue. Soixante chasseurs et traqueurs répondirent présents. La battue commença à 15h30. Après une demi-heure, le loup, en fait une louve, fut repérée mais, comme tous ses congénères, la bête fit preuve d’une formidable endurance à l’effort et à la douleur. Elle reçut trois blessures au plomb mais n’en continua pas moins sa course. Un chasseur porta le coup fatal  à l’épaule. La traque avait duré trois heures.

Hallali du loup

Jean Baptiste Oudry – Hallali du loup (1725). Jusqu’à la Révolution, seuls ceux qui bénéficiaient du droit de port d’armes et d’une meute de chiens, c’est-à-dire les nobles, avaient des chances de tuer des loups (musée Condé, à Chantilly).

A lire
  • Moriceau Jean-Marc, L’homme contre le loup: une guerre de deux mille ans, Paris, France, Fayard, 2011.
  • Moriceau Jean-Marc, Histoire du méchant loup: 3000 attaques sur l’homme en France, Paris, France, Fayard, 2007.

Laurent Ridel

Historien de formation, je vis en Normandie. Ma passion : dévorer des livres et des articles d'historiens qualifiés puis cuisiner leurs informations pour vous servir des pages d'histoire, digestes et savoureuses.

7 Responses

  1. DUPEROUX Pierre dit :

    bonjour, dans le Tome 10 de « tout l’univers » (collection des années 60) page 1794 il est relaté en 1812 l’attaque en Normandie par temps de neige d’une colonne harassée de 100 soldats français par de très nombreux loups. A l’issue de plusieurs heures de combat à la baïonnette, tous les hommes ont étés tués et près de 300 loups gisent parmi les débris d’armes et d’uniformes! Cela vous dit peut être quelque-chose!?! pour ma part, bien que peu connaisseur du loup, le nombre me semble dépasser de très loin la taille d’une meute! Merci pour une éventuelle confirmation sur la véracité de cet article!

    • Laurent Ridel dit :

      Bonjour, je ne connais pas cet épisode en Normandie. Jean-Marc Moriceau, l’historien spécialiste des loups, n’en parle pas, ni en Normandie, ni en France. En 1812, les attaques se situent en Cévennes et dans l’Yonne et font juste quelques victimes de temps en temps. Je suis sceptique vis-à-vis de l’information de « Tout l’univers » d’autant que les loups s’attaquaient exceptionnellement aux adultes, qui plus est armés.

  2. David G dit :

    Bonjour, cette anecdote est relaté dans Wikipédia. Elle se situerait en Russie et serait bien évidemment controversée. Je vous invite d’ailleurs à corriger cette page à l’éclairage de vos connaissance et références : https://fr.wikipedia.org/wiki/Loup_gris_en_France ;
    car il est écrit « Toutefois dans les dix siècles de conflit, une curieuse exception apparaît. Selon une étude de Xavier Halard, le loup et l’homme ont bien cohabité en Normandie10. La région dépendait économiquement de la culture fourragère et non du bétail et les épidémies ou famines ne provoquèrent aucun cas d’anthropophagie lupine, à tel point que les louvetiers furent mal accueillis par les populations locales. »

    • Laurent Ridel dit :

      Oui, en effet, l’anecdote se rapporterait à la Russie et serait à prendre avec des pincettes. Quant à l’article de Xavier Halard, je viens de le lire et je ne trouve pas vraiment ce qui est énoncé dans l’article Wikipedia. Xavier Halard dit que les loups étaient peu chassés en Normandie car c’était une chasse difficile pour les paysans, mal-équipés. De là, à parler d’exception nationale, cela me semble exagéré. Ensuite, la Normandie ne dépendait pas économiquement des cultures fourragères ; il fallait surtout nourrir les habitants. En note, il est dit qu’en raison de la cohabitation pacifique entre hommes et loups, les louvetiers étaient mal vus en Normandie. En vérité, Xavier Halard explique que les louvetiers étaient rémunérés par une taxe, ce qui mécontentait les paysans. Le passage mérite d’être corrigé sur Wikipedia. Une bonne âme ?

  3. Huet dit :

    Bonjour,
    En 1612 à Céaux, le curé indique que Jacqueline Aubrée est dcd suite à la morsure d’un loup enragé.

  4. jasper dit :

    Bonjour
    Le loup n ‘a jamais été un prédateur pour l ‘homme, ni avant, ni maintenant, seul un animal enragé peut représenter un danger, 3000 actes de décés comptabilisés, on se demande quelle est la valeur scientifique de ces chiffres, valeur mythologique plutôt, le loup est aussi un charognard, manger un cadavre ne fait pas de lui un tueur, par contre, il peut être redoutable, intelligent et adaptable, dés lors qu ‘il s ‘agit d ‘une proie animale, ce qui lui vaut toujours cette haine féroce, historique et sans fin…en Mongolie, je me suis retrouvé face à face avec un magnifique adulte, dans ses yeux, il y avait la curiosité mais surtout la peur…

  5. fodeva dit :

    on peut toujours par idéalisme , vouloir réviser des faits historiques mais ces faits sont têtus!! c’est bien triste de vouloir nier des faits !!

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