Dumont d’Urville, cap au sud

Au cours de trois tours du monde en bateau, Jules Dumont d’Urville (1790-1842) a parcouru la multitude insulaire de l’Océanie et a abordé l’Antarctique. La Normandie n’a-elle pas enfanté le plus grand explorateur français ?

Jules Dumont d'Urville

L’officier de marine et explorateur Jules Sébastien César Dumont d’Urville, peinture de Jérôme Cartellier, musée de Versailles, 1846

Une histoire de botanique

Comment ce terrien (il est né à Condé-sur-Noireau, en Suisse-Normande) s’est retrouvé marin ? La raison tient en un mot : botanique. Expliquons. Jules Dumont d’Urville a un oncle, l’abbé de Croisilles, qui lui a transmis le goût de l’étude des plantes. A l’âge de 17 ans, il s’engage dans la marine. Le voilà à Brest. Ce n’est pas les combats ou les exercices militaires qui l’attirent. Le jeune Dumont d’Urville apprend que des bateaux de la Marine partent régulièrement explorer le globe et ses portions les moins connues. Ces voyages ont un but scientifique : on ramène des plantes exotiques, des insectes et autres animaux trouvés dans les pays lointains. Pour un passionné de botanique comme Dumont d’Urville, s’embarquer sur un de ces navires est une chance de découvrir de nouvelles espèces.

La Vénus de Milo au musée du Louvre. C’est grâce à l’action de Dumont d’Urville que cette statue de marbre, haute de deux mètres, se trouve en France.

Premier coup d’éclat : la Vénus sans bras

Ce n’est pourtant ni en botanique, ni en navigation que s’illustre d’abord notre marin. En 1820, alors qu’il est en escale sur l’île grecque de Milos, Dumont d’Urville rend visite à un paysan. Le Grec lui montre la statue qu’il a découvert par hasard sous terre. Elle n’a plus de bras mais le Normand reconnait une belle Vénus antique. Il convainc l’ambassadeur de France à Constantinople (Istanbul) d’acheter cette remarquable sculpture. Ce dernier l’offre au roi Louis XVIII. Le musée du Louvre y gagne un chef-d’œuvre, la Vénus de Milo ; Dumont d’Urville le grade de capitaine de vaisseau. Une promotion qui pourrait lui permettre de conduire des navires au-delà de la Méditerranée.

Trois voyages en Océanie

Deux ans plus tard, en 1822, le rêve de Dumont d’Urville se réalise. Il est nommé commandant en second, sur le navire « la Coquille ». Destination : l’Océanie. C’est le premier de ses trois tours du monde, chacun durant environ trois ans. Il surpasse ses illustres prédécesseurs français, Bougainville, qui n’en a fait qu’un, et La Pérouse, qui n’a pas pu terminer le sien. C’est donc tout un symbole lorsqu’en 1828, lors de son deuxième tour du monde, Dumont d’Urville localise les vestiges de l’expédition de La Pérouse. Cette fois, le marin normand est capitaine. Grâce aux indications d’un capitaine anglais, les restes de bateaux (canons, ancres, boulets…) sont découverts à Vanikoro, une petite île au nord de la Nouvelle-Calédonie. Quarante ans plus tôt, en 1788, les survivants de l’expédition La Pérouse s’y étaient échoués, définitivement.

Lors de son troisième voyage autour du monde (1837-1840), Dumont d’Urville explore à nouveau l’Océanie en mouillant à Tahiti, aux îles Tonga et Samoa, en Nouvelle-Zélande, en Tasmanie… A l’occasion de ce nouveau périple, le roi Louis-Philippe lui a confié une mission supplémentaire : atteindre le pôle sud.

La découverte de l’Antarctique

Une des corvettes de Dumont d'Urville, prises dans les glaces

Une des corvettes de Dumont d’Urville, prise dans les glaces en février 1838. Gravure de Louis Le Breton (Wikimedia Commons)

A cette époque, on s’interroge encore sur la nature de ce lieu difficile d’accès à cause des glaces qui l’emprisonnent. Y a-t-il des terres ou est-ce une immense mer ? Dumont d’Urville doit le déterminer et vite, car les Anglais, les Américains et même les Russes, voudraient bien réaliser l’exploit d’atteindre ce point inexploré.

Après une première tentative en février 1838, les deux bateaux de l’expédition, l’Astrolabe et la Zélée, arrivent à se frayer un chemin à travers les icebergs et les plaques de glaces en janvier 1840. L’équipage, qui vient de quitter les rivages océaniques de Tasmanie, souffre d’engelures. Le 20 janvier, la vigie aperçoit un long ruban de terre. C’est l’Antarctique. Dumont d’Urville nomme le secteur Terre Adélie, en souvenir de sa femme Adèle. Des marins plantent un drapeau français sur une petite île au large. Pour la première fois, des Européens foulent le continent.

Le plus grand explorateur français

Au retour de Dumont d’Urville, même les rivaux Anglais, pourtant excellents navigateurs, reconnaissent les exploits du Français. Ses cartes sont encore utilisées pendant la Seconde Guerre mondiale. Sa division de l’Océanie, fruit de ses observations ethnographiques, est encore usitée aujourd’hui : elle distingue la Polynésie, la Mélanésie, la Micronésie et la Malaisie (retirée ensuite de l’Océanie). Les expéditions de Dumont d’Urville contribuent à la connaissance de la flore, de la faune et des habitants de l’Océanie. Une moisson d’informations en rapport avec l’érudition de l’explorateur : il maîtrise plusieurs langues, pratique la botanique, s’intéresse à la géographie, à la philologie et à l’ethnographie.

Portrait d'indigènes

Sa mémoire est perpétuée par la dénomination de la station scientifique française en Antarctique, la base Dumont d’Urville. Si vous observez une carte en Antarctique et en Océanie, peut-être apercevrez-vous les deux montagnes, les deux îles et le cap, qui portent chacun son nom. En Normandie, il y a un lycée Dumont d’Urville à Caen et un collège Dumont d’Urville, à Condé-sur-Noireau, sa ville natale.

A lire

  • Le voyage au pôle sud et dans l’Océanie sur les corvettes l’Astrolabe et la Zélée. Dumont d’Urville raconte son dernier tour du monde en 10 tomes. Lecture possible sur Gallica.
  • Les Normands et la mer, une série de trois articles sur Histoire-Normandie.fr

A regarder

  • Les illustrations composées pour le deuxième tour du monde (1826-1829) sont visibles sur le site de la New York Library.

 

Maison sacrée en Nouvelle-Guinée

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Laurent Ridel

Historien de formation, je vis en Normandie. Ma passion : dévorer des livres et des articles d'historiens qualifiés puis cuisiner leurs informations pour vous servir des pages d'histoire, digestes et savoureuses.

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3 Responses

  1. DIDON dit :

    Excellent article, qui me permet de clore en beauté 2016. Merci

  2. phv dit :

    Les images et le texte sont très sympathiques.. On devrait dire un mot de sa mort étrange, avec femme et fils, dans le premier grand accident de chemin de fer français, à Meudon. Bon, Meudon nous éloigne de la Normandie mais on a aussi un fil avec Albert Caquot qui, avant de faire des barrages sur la Sélune ou sur la Rance, avait aussi beaucoup donné à Chalais- Meudon dans les ballons captifs ou dirigeables, l’aérodynamique, les souffleries… Chiche ?

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