Prospérité et chute du duché

L’abbaye de Jumièges. Ce fut l’une des plus puissantes abbayes normandes du Moyen Âge. Elle existait déjà avant l’invasion des Vikings (epierre sur Flickr).
Les villes sont peu nombreuses et peu peuplées sauf la capitale Rouen. Cependant, les agglomérations se multiplient au pied des châteaux, autour des abbayes ou des marchés. La plupart de ces nouveaux centres deviendront les bourgs actuels de nos campagnes. Quelques uns réussiront si bien qu’ils rivaliseront avec les anciennes villes : Caen, fondée (plus exactement développée) par Guillaume le Conquérant, constitue le meilleur exemple mais ajoutons d’autres succès tels Falaise, Fécamp, Verneuil-sur-Avre, Bernay, Cherbourg, Alençon, Argentan…
Une autre preuve du dynamisme normand se lit dans le grand nombre de monuments édifiés aux XIe-XIIe siècles : des églises rurales, des abbayes romanes (Bernay, La Trinité-de-Caen, Cerisy-la-Forêt, Lessay…) et des châteaux-forts (Gisors, Château-Gaillard, Caen, Domfront, Falaise…).
La richesse de la Normandie suscite la convoitise du voisin : le roi de France. À partir des années 1050, Français et Normands sont souvent en guerre. Ce n’est finalement qu’en 1204 qu’un roi de France, Philippe Auguste, parvient à mettre la main sur le duché. La Normandie entre dans le giron français.
L’émergence de Caen
À l’époque romaine, elle n’était qu’une agglomération secondaire éclipsée par les villes voisines de Bayeux et d’Aregenua. C’est au milieu du Moyen Âge que Caen commence son ascension. Guillaume le Conquérant, probablement conscient de la situation centrale du lieu par rapport au duché, y établit un grand château et deux abbayes. Au XIIe siècle, elle devient le siège des principales institutions financières et judiciaires : le château abrite le trésor royal et l’Échiquier de Normandie. La ville fait donc figure de seconde capitale du duché aux côtés de Rouen.
Château-Gaillard : la forteresse imprenable ?
Une position redoutable sur un éperon, une construction intégrant les derniers progrès de l’architecture militaire, Château-Gaillard possédait les qualités d’une forteresse imprenable. Son commanditaire, le duc de Normandie et roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion, comptait sur cet impressionnant ouvrage pour barrer la route de Rouen au roi de France. En 1204, six ans après la fin de sa construction, le château est justement assiégé par Philippe Auguste. Au terme de six mois de siège, les assaillants arrivent à trouver une faille dans la défense : en se hissant jusqu’à une fenêtre ouverte bien trop bas, ils pénètrent dans la forteresse. Réfugiés dans le donjon, les Anglo-Normands se rendent. La conquête de la Normandie s’ouvre pour le roi de France.
