L’après-guerre : reconstruction et division d’une région

Le pont de Normandie

Le Pont de Normandie. Un ouvrage d’art qui augure le rapprochement entre les deux Normandie ? (Webschepper sur Flickr)

Après 1944, la Reconstruction dure plus longtemps qu’ailleurs étant donné l’ampleur des destructions. Elle est toutefois l’occasion pour la Normandie de tenter des expériences urbanistiques (Caen, Le Havre), de moderniser l’agriculture (remembrement, diffusion des tracteurs) et de réaménager les zones industrielles et portuaires. Dans les années 1954-1970, Paris et sa banlieue délocalisent certains centres de production dans les villes normandes ; ce transfert accentue l’industrialisation et l’urbanisation de la région.

Étonnamment, la création des régions françaises en 1956 n’aboutit pas à la formation d’un territoire reprenant les limites de l’ancien duché de Normandie. L’État préfère composer deux régions : la Basse-Normandie (Calvados, Manche et Orne) et la Haute-Normandie (Seine-Maritime, Eure). Cette partition sanctionne en fait une évolution vieille de plusieurs siècles qui a vu l’ouest et l’est de la province suivre des voies économiques et démographiques différentes. Dominée par Caen, la Basse-Normandie est une région plutôt rurale et tournée vers la France de l’ouest. Avec Rouen pour capitale, la Haute-Normandie offre un visage plus urbain et industriel, surtout autour de la Seine.

À partir de 1973, la crise économique s’installe et oblige à revoir les scénarios optimistes que les experts prévoyaient pour la Normandie. À l’image des régions Lorraine et Nord-Pas de Calais, une désindustrialisation à marche forcée met au chômage des dizaines de milliers d’ouvriers. Quelques grands établissements normands ferment leurs portes : les usines Moulinex, les Ateliers et Chantiers du Havre, la Société Métallurgique de Normandie à Caen… Dans ce climat morose, les jeunes quittent en masse la région.

Face à ces difficultés, la Normandie hésite dans ses choix pour l’avenir. Souvent considérée comme une annexe parisienne, doit-elle couper le cordon ombilical avec la capitale ? Alors que les littoraux atlantiques font preuve d’un réel dynamisme, ne faudrait-il affirmer sa vocation maritime ? Le développement ne devrait-il pas s’appuyer sur les micro-territoires que sont les « pays » et les communautés de communes ? Enfin, pour quelques uns, la solution résiderait dans la réunion des deux régions normandes afin de constituer un espace suffisamment fort dans l’Europe des régions.

L’échec d’un grand projet urbain : Val-de-Reuil

La ville nouvelle de Val-de-ReuilPour désengorger Paris, l’État décide de fonder en 1967 une ville nouvelle à 27 km au sud de Rouen : Val-de-Reuil. Les concepteurs du projet planifient une population de 140 000 habitants à l’horizon 2000. Mais la crise économique et le ralentissement démographique ont raison de l’euphorie. Le temps n’est plus aux projets démesurés, trop coûteux pour l’État, mais à la politique sociale. Les travaux de la ville nouvelle s’arrêtent. Aujourd’hui Val-de-Reuil compte environ 13 500 habitants.

La réunification normande : pour quand ?

Le pont de NormandieEn 1995, était inauguré le Pont de Normandie, un symbole du rapprochement entre Haute et Basse-Normandie. Cet ouvrage long de 2141 m enjambe l’estuaire de la Seine et relie les deux régions normandes. Toutefois, une quinzaine d’années après son inauguration, la réunification n’est toujours pas à l’ordre du jour. Car si, d’après les sondages, les Normands y sont favorables, la majorité des hommes politiques locaux n’en font pas un objectif prioritaire et certains géographes montrent un scepticisme par rapport au projet. Depuis les élections régionales de 2004, les deux présidents de Région coopèrent toutefois dans quelques domaines (le transport ferroviaire, le tourisme par exemple).